Libye : une guerre civile sur le point de s’arrêter ?

Après six ans de conflits et une guerre civile dévastatrice, le destin de la Libye est désormais entre les mains de deux « frères ennemis ».
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Couverture : © MAHMUD TURKIA / AFP

Mise à jour du 29 mai 2018 :

Lors d’une rencontre à l’Elysée le 29 mai au matin, les responsables politiques libyens se sont engagés à organiser des élections législatives et présidentielles le 10 décembre prochain.

Source : Le Figaro

Article original du 28 juillet 2017 :

Après six ans de conflits et une guerre civile dévastatrice, le destin de la Libye est désormais entre les mains de deux « frères ennemis » : le général Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne, contrôle l’est du pays, tandis que son rival, le premier ministre Fayez el Sarraj, issu du gouvernement d’union nationale formé sous l’égide de l’ONU, contrôle la capitale Tripoli.

Les deux protagonistes ont été invités au château de La-Celle-Saint-Cloud par le président français Emmanuel Macron le 25 juillet dernier. A l’issue de cette rencontre, il est annoncé qu’un accord a été conclu entre les deux parties pour un « cessez-le-feu » et l’organisation d’élections dans le pays « au printemps 2018 ».

Néanmoins, le cessez-le-feu décidé à la suite de cet accord est « structurellement défaillant » selon Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye, à l’issue d’un entretien accordé à France Culture :

« Ce type de cessez-le-feu ne concerne pas des usages de la force à l’encontre de groupes considérés comme terroristes. Et justement, dans la doctrine du maréchal Khalifa Haftar, il y a cette règle qui consiste à considérer tout ennemi politique comme un groupe terroriste. » — Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye.

Il souligne notamment la faiblesse du chef du gouvernement d’union nationale et l’infaisabilité des élections prévues au printemps 2018.

« Mais plusieurs problèmes sont soulevés par cette perspective. En premier lieu, les conditions de possibilités matérielles : comment imaginer organiser des élections sur la totalité du territoire libyen aujourd’hui ? » — Jalel Harchaoui

La Libye dans le chaos depuis 2011

Le 23 octobre 2011, à l’aube de la mort du colonel Kadhafi, le président du Conseil national de transition Abdel Jalil annonce la libération de la Libye, ce qui met fin à la guerre civile. Plus de 200 parlementaires sont élus le 7 juillet 2012 pour former le Congrès général national, chargé de remplacer le Conseil national de transition.

Des élections législatives sont par la suite organisées en juin 2014 dans le but de créer un nouveau parlement, la Chambre des représentants. Ce dernier était lui-même chargé de remplacer le Congrès général national, cependant la faction « Aube de la Libye », battue aux élections, prend le contrôle de Tripoli et refuse ce nouveau parlement, qui est contraint de déménager à Tobrouk, en Cyrénaïque. Dès lors, deux gouvernements se disputent le pouvoir, celui de Tobrouk démocratiquement élu par la Chambre des représentants et reconnu par la communauté internationale et le gouvernement de salut national élu par le Congrès général national à Tripoli.

Enchaînement de gouvernements et rivalités

En janvier 2016, un gouvernement d’union nationale basé à Tunis est formé sous l’égide de l’ONU dans le but de rassembler les factions rivales du pays suite à un accord signé et adopté par le Conseil de sécurité de l’ONU en décembre 2015. Celui-ci nomme comme Premier ministre Fayez el-Sarraj, un homme d’affaires libyen. Le gouvernement de « salut national » autoproclamé en 2014 et soutenu par la faction « Aube de la Libye » n’a pas reconnu ce gouvernement formé sous l’égide de l’ONU lors de son installation à Tripoli. Le gouvernement de salut national dirigé par Khalifa al-Ghowel, également contesté par le gouvernement de Tobrouk, se réfugie à Misrata et annonce abandonner le pouvoir au profit du gouvernement de Fayez el-Sarraj.

Initialement rejeté par la Chambre des représentants de Tobrouk, le gouvernement d’union nationale obtient finalement une majorité favorable lors d’une vote de confiance en avril 2016 avec 102 parlementaires sur 198. Réclamant le maintien du général Haftar, le Parlement de Tobrouk finit par rejeter la confiance au gouvernement d’union nationale. Le 14 octobre 2016, Khalifa al-Ghowel reforme son gouvernement après s’être emparé du siège du Haut Conseil d’Etat de Libye. Il est en fin de compte chassé une nouvelle fois du pouvoir le 16 mars 2017 par les forces du gouvernement d’union nationale, ce qui réduit le contrôle du pays à deux gouvernements.

Le pays est actuellement divisé en deux, d’une part contrôlé par le gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj (soutenu par l’ONU et la Marine libyenne) et d’autre part contrôlé par le gouvernement de Tobrouk (soutenu par l’Armée nationale libyenne dirigée par le général Khalifa Haftar).

Sources : France CultureLibérationLe Monde et L’Orient le Jour.

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